Aînés et handicapés unis par les obstacles?

Les personnes à l'âge de la retraite – avec ou sans handicap – réclament des conditions cadre qui leur permettent de participer à la société. Cette revendication vaut aussi pour les personnes avec un handicap, avant l'âge de la retraite. Un engagement commun en vue d'éliminer les obstacles en ce sens pourrait unir et renforcer ces deux groupes.

Par Eva Aeschimann, responsable des relations publiques, AGILE

La solidarité entre personnes avec handicap (d'un âge avancé) et personnes d'un âge avancé (avec handicap) fonctionne tant bien que mal. Ce constat provient des personnes handicapées et de leurs organisations. «L'AVS tient à cœur des personnes âgées, l'AI de celles handicapées», estime-t-on. Le fait de vieillir avec les possibles atteintes à la santé que cela implique ne devrait-il justement pas réunir les deux groupes? Comment les organisations de retraités évaluent-elles la cohabitation entre âge et handicap, entre handicap et âge? En sachant que les personnes handicapées comme les seniors ne constituent pas un groupe homogène.

«agile – handicap et politique» a posé ces questions aux organisations faîtières de retraités et à Pro Senectute.

Age de la retraite et handicap

Est-ce que le fait d'atteindre 65 ans joue un rôle dans le rapport entre âge et handicap? Beat Federspiel, directeur de l'Association suisse des aînés (ASA) explique: «en prenant de l'âge, tout le monde se trouve davantage confronté au handicap. Mais 65 ans ne représente pas un seuil.» Le handicap n'est pas une question d'âge, confirme Gérard Heimberg de la Fédération des associations des retraités et de l'entraide (FARES). Un handicap peut survenir à tout moment de la vie. Passer de l'âge de la pré-retraite à l'âge de la retraite est un passage purement administratif. Selon M. Heimberg, ce seuil artificiel donne la fausse impression que seuls les gens de moins de 65 ans peuvent être handicapés.

Restrictions liées à l'âge

Pourtant un coup d'œil dans les publications destinées aux seniors confirme que le terme handicap est peu utilisé. On préfère parler d'entraves liées à l'âge, de troubles liés à l'âge ou encore de restrictions. De quelle manière Pro Senectute perçoit-elle les aînés avec handicap qui recourent aux prestations et aux conseils des organisations cantonales et régionales? «Vieillir et être vieux n'est pas un handicap. Avec l'âge, les forces diminuent et cela peut conduire à des restrictions dans la vie de tous les jours. Ces restrictions peuvent s'apparenter à un handicap», tient d'abord à préciser l'organisation dans sa réponse.

Pro Senectute s'adresse à la base à toutes les personnes âgées. Cela veut dire que les aînés handicapés comme les retraités valides peuvent recourir à ses offres et prestations. L'organisation trouve toutefois judicieux du point de vue de la répartition du travail que les services spécialisés pour les personnes handicapées continuent à les conseiller et à les encadrer également après qu'elles aient atteint un âge honorable. Elle souligne encore la bonne collaboration au niveau cantonal et régional entre autres avec Pro Infirmis.

Point commun avec les organisations de personnes handicapées

L'Association suisse des aînés voit dans son activité des parallèles avec l'engagement des organisations de personnes handicapées, comme AGILE. Ainsi, en tant que faîtière, l'ASA représente au niveau politique les intérêts des diverses associations de retraités et de seniors ainsi que d'autres institutions. Avec ses sous-organisations locales, elle s'engage pour un pacte de solidarité intergénérationnelle de tous les groupes de la population. Personnes avec handicap comprises.

La FARES se distingue par son engagement politique, explique Gérard Heimberg. La faîtière défend les intérêts des rentiers, en particulier leurs droits et leur participation à la société. Elle accorde une attention particulière à tous ceux qui sont fragiles, que ce soit sur le plan socio-économique ou sur le plan de leur santé. Dans ce cadre, la défense des personnes âgées handicapées est donc naturelle, précise le président du groupe de travail Politique sociale et santé de la FARES.

Pro Senectute compare également son travail avec celui d'organisations de personnes handicapées. Le principal point commun est l'engagement en faveur du bien-être, des droits et de la dignité des personnes plus âgées, respectivement des personnes avec un handicap.

Le travail de l'un profite aussi à l'autre

Les efforts des organisations de personnes handicapées pour améliorer les conditions de vie de leurs membres profitent généralement aussi aux personnes âgées. Tout le monde s'accorde sur ce point. L'ASA met en évidence le travail préliminaire effectué dans le domaine des constructions. Le Centre suisse pour la construction adaptée aux handicapés à Zurich est par exemple très actif dans ce domaine. Il est un partenaire important également pour Pro Senectute.

La FARES estime que la défense des intérêts des retraités et la défense des intérêts des personnes handicapées profitent réciproquement l'une de l'autre. Autre point commun avec AGILE: le concept de faîtière et d'entraide. Tant la FARES qu'AGILE s'engagent pour les droits des personnes âgées, respectivement handicapées, pour leur autodétermination et leur participation à la vie sociale. Assurer leur sécurité matérielle est primordial. La FARES et AGILE sont très actives dans le domaine de la politique sociale, la première en accordant une attention particulière à l'AVS, la seconde à l'AI.

L'accès facilité aux transports publics est un autre domaine où les aînés bénéficient du travail préalable des organisations de personnes handicapées. Depuis la création du Bureau suisse Personnes handicapées et Transports publics (HTP) – sous la responsabilité d'AGILE, Intégration Handicap, Procap et Pro Infirmis – des progrès éclatants ont été réalisés et de nombreux obstacles levés.

Chaise roulante et déambulateur sur pied d'égalité

Sur le terrain, les fauteuils roulants et déambulateurs se sont rapprochés. Dans la nouvelle ordonnance (2010) sur les aménagements visant à assurer l'accès des personnes handicapées aux transports publics, les personnes âgées sont pour la première fois explicitement mentionnées. Les déambulateurs ont désormais le même statut que les chaises roulantes. De ce fait, les personnes avec un déambulateur peuvent désormais aussi demander une aide personnelle, de la même façon que les gens en chaise roulante. Par contre, elles doivent aussi être capables de surmonter sans l'aide du personnel, les obstacles franchis de manière autonome par les personnes en chaise roulante. Les aînés à mobilité réduite et les personnes handicapées montent donc, au moins au niveau de l'ordonnance des TP, dans le même bateau.

Renforcer la collaboration

On voit bien que les intérêts des personnes âgées et de celles avec un handicap se recoupent en matière de construction adaptée et de transports publics sans obstacles. La suppression des obstacles unit les deux groupes. Serait-il dès lors possible de renforcer la collaboration par exemple dans le domaine des TP? «Oui», répond Pro Senectute, «une collaboration avec les organisations du milieu du handicap est sur le fond envisageable pour toutes les questions où se trouvent des intérêts communs». Un tel partenariat est déjà appliqué depuis longtemps au niveau cantonal et local. Pour les organisations de personnes handicapées, il serait intéressant de savoir si cette collaboration pourrait aller jusqu'à un soutien financier au Bureau HTP par exemple. Ensemble pour un Bureau TPsO – un Bureau des transports publics sans obstacles?

L'idée de renforcer l'échange d'informations est largement soutenue. «L'ASA en tant que faîtière salue spécialement les collaborations sous forme d'échange d'expériences». Pour la FARES, «il faudrait d'abord que les deux organisations procèdent à des échanges d'information sur leurs activités. De cet échange peut naître ponctuellement, librement, selon les disponibilités de chacune, une proposition de collaboration sur un problème précis ou général».

Prolongation des délais de la LHand comme point de départ

Si le but commun de lever les obstacles unit vraiment les personnes avec handicap et les aînés, une occasion de collaborer étroitement va très vite se présenter. L'annonce de la prolongation des délais de la Loi sur l'égalité des personnes handicapées (LHand) par mesure d'économie concerne quiconque se déplace difficilement. Le délai pour adapter les bâtiments, infrastructures et véhicules dans les transports publics a été repoussé de 15 ans à 2039, ce qui est inacceptable pour les personnes handicapées et leurs organisations. Lien vers l'article dans cette édition.

Au printemps, ce changement de la loi sera mis en consultation. Les organisations de seniors sont invitées à manifester contre cette mesure d'économie avec les organisations du milieu du handicap et à participer au processus politique qui suivra.

Traduction: Mélanie Sauvain